De l'art délicat de faire rire...

Publié le par Juliette

De l'art délicat de faire rire...

En ce moment, à mon école du One-Man-Show, je me sens comme Superman dans cet épisode de Smallville où il se prend un branlée au basket parce qu’il a perdu ses pouvoirs et où, paradoxalement, il s’éclate comme jamais. Alors que je m’encroûte dans le confort d’un boulot que je connais par cœur et qui conforte quotidiennement ma toute puissance, me voilà expulsée de ma zone de confort. Je repars de zéro, Je dois oublier tout ce que j’ai appris et m’engager dans l’âpre parcours de l'apprenant « One-Man-Show pour les Nuls ». Je me suis jetée à l’eau sans savoir nager et j’ai écris mon premier sketch, toute fière de le pondre en une semaine (alors que certains copains de classe écrivent le leur en un jour, voire pendant le cours ! De quoi être dégoûtée). Je n’en menais pas large, partagée entre la crainte de ne pas faire rire et le fol espoir d’être portée aux nues « Bravo, c’est à mourir de rire, tu as tout compris ! ».

Sketch V1, « Daddy-Culbuto »

Quand je suis monté sur scène, éblouie par les projecteurs et pétrifiée par l’angoisse, je n’ai d’abord pas réussi à sortir un son. Et puis je me suis lancée. Ma pire crainte était de ne pas faire rire et de voir mon texte massacré. J’ais pas fait rire et j’ai vu mon texte se faire (gentiment) massacrer. Pourtant, il commençait super bien, mon sketch :

« Figurez-vous que mon mari a décidé de se mettre au régime.

Bon, on peut pas dire qu’il en a pas besoin.

Avec les années, il a pris en kilos ce qu’il a perdu en cheveux.

Et comme il est plutôt du genre petit, trapu et ventru,

Tu lui coupe les pattes et t’en fais un culbuto »

C’est quand même drôle, non ? Ben non ! Y’a pas eu un rire, ni là, ni par la suite. Rien, nada, pas même un gloussement ! Le problème, c’est que faire sourire ne suffit pas. L’exercice n’a rien à voir avec l’écriture d’une chronique ou d’un billet (comme ici). Il faut que se soit efficace et immédiatement drôle, sans réfléchir, l’écriture et le jeu ne contribuent qu’à ça : rendre le texte drôle, encore plus drôle, toujours plus drôle. Je retiens donc de cette première séance que je suis trop descriptive, trop littéraire, que je manque de parti pris (c’est quoi l’enjeu ? c’est quoi le message ?), que je ne mets pas assez de moi en jeu, qu’il faut que j’interpelle l’audience, que le public comprenne tout de suite que je suis énervée, pourquoi je suis énervée… et que je charge mon mari !

Sketch V2, « Mon mari, ce héros ! »

Du coup je mets à la poubelle et je réécris les ¾ de mon texte sur le mode « mon mari, ce creuvard, ce flémard, ce toquard »… J’en suis peu fière, mais je me rattrape avec la chute :

« Je sais ce que vous vous dites : Mais qu’est-ce que je fous avec un mec pareil ? C’est que j’ai épousé mon mari pour le meilleur et pour le pire et que son meilleur est à la hauteur de son pire. Pour chaque gros défaut, il a une grosse qualité qui compense. Par exemple, il a le sens de l’humour. Il accepte que je le jette sous le bus comme je viens de le faire. Non seulement, il accepte, mais il en ri. Et rien que pour ca, je le remarierai demain ! »

Que c’est mignoooon ! Non ? Si, mais c’est pas le sujet. Mon skecth était-il drôle ? Non, il ne fonctionnait toujours pas, mais cette fois-ci, j’ai pu sauver les meubles. Déjà parce que j’étais moins mal à l’aise sur scène, j’ai donc commencé à jouer mon texte. Y’avait deux pistes intéressantes au niveau du fond (mon mari qui se transforme en Rambo, et moi qui finit violée par une pizza… si si, dans le sketch, c’est drôle, con, mais drôle) et la forme elle-même ne manquait pas d’intérêt. Il paraît que je suis un « personnage », que j’ai de la « présence », de « l’énergie » et que du coup, on a surtout envie de me voir jouer. Moi qui pensais que le jeu était mon point faible et l’écriture mon point fort, il semblerait que ce soit le contraire. C’est fou comme malgré l’expérience et la patine de l’âge, on se connaît mal finalement ! Du coup la piste de mon mari flémard/creuvard est abandonnée (ouf). Il faut que je parle davantage de moi, que je pousse le bouchon plus loin et que je devienne vraiment folle sur scène. Pas de problème !

Sketch V3, « Au secours, mon mari fait un régime ! »

A nouveau, je jette les ¾ de mon texte et je reprends l’écriture. Cette fois-ci je décide de changer d’angle et de partir du jeu pour arriver au contenu. J’intègre la mise en scène à l’écriture. Je répète inlassablement mon texte. Le soir en rentrant, devant mon ordinateur, dans les couloirs du métro… Le côté « folle », je le tiens, y’a pas de souci. Je suis complètement galvanisée par le challenge. J’ai des flashs, des absences en pleine journée car tout à coup je suis prise d’une idée. Dès le jeudi, je suis impatiente qu’arrive à mercredi pour me jeter à nouveau dans l’arène. J’y vais, je balance mon texte, et ça ne rit pas. Et puis ça rit au moment où je m’y attends le moins, puis sur une phrase qui n’est pas supposée si drôle que ça. Comme par exemple ici :

« Chez Weight Watcher, c’est le vocabulaire qui fait maigrir.

Les aliments n’ont pas de calories, ils ont des points.

On ne fait pas d’écart, on puise dans sa réserve de points.

On ne craque pas, on gère »

Au bout de quatre séances, je suis toujours incapable de savoir ce qui va faire rire ou pas. Cette fois-ci cependant, les ¾ du texte ne sont plus abandonnés mais sauvés. Même si je dois une fois de plus renoncer à des passages que je trouvais super drôle… et qui, de fait, ne le sont pas. De toute façon, la sanction est indiscutable : c’est bon quand ça rit, c’est pas bon quand ça rit pas. Il paraît que je dois en faire encore plus au niveau du personnage, renforcer le côté alsacien, gueuler plus fort.... C’est quand même formidable : pendant 50 ans, on m’a dit qu’il fallait que j’en fasse moins, et voilà qu’on m’exhorte à en faire plus ! Le soir même, tout se mettait en place dans ma tête et j’écrivais dans la foulée la V4 de mon sketch. Mon mari a complètement changé de personnalité depuis la V1 et n’a plus grand chose à voir avec mon vrai mari, mais qu’importe… La question n’est pas : est-ce vrai (on s’en fout) mais est-ce que ça marche ? Et il va falloir que j’attende encore 2 jours, 6 heures et 21 minutes pour en avoir le cœur net !

Publié dans Mon One-Man-Show

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