Du tableau magique à la pâte à sel, tout l’art du cadeau empoisonné

Publié le par Juliette

Quand j’ai évoqué le « top des flops » en matière de cadeau, j’ai sans doute oublié la catégorie suprême, le fameux « cadeau » qui ravit l’enfant mais « empoisonne » la mère ! En quatre ans de maternitude, j’ai eu droit à la toupie musicale qui s’enclenche au moindre contact, au camion pompier qui fait « pinpon pinpon » jusqu’à plus soif, à l’ourson qui chante « Gingle Bells » en boucle hiver comme été… Vint ensuite le garage que papa prend des heures à monter et qui part en pièces dès que Junior y touche, le zoo dont les éléments permettront à maman de pister son bambin dans toute la maison… Dieu merci, le summum m’a été épargné, à savoir le cadeau vivant, chien, chat, hamster, poisson rouge qu’on subit à la vie, à la mort. N’empêche que, depuis peu, les attaques de cadeaux empoisonnés sont devenues plus subtiles, plus sournoises. Tels des bombes à retardement, ils cachent leur funeste dessein sous l’emballage d’un présent parfaitement innocent.

Tableau-magique----la-varicelle.jpgPrenez le tableau magique par exemple. Vous pensez bien vous en tirer puisque votre Picasso en herbe a enfin un espace dédié à sa créativité sans que vous n’eussiez à ramasser les bouts de papiers sur lesquels il s’exerce… mais quand on a un fils affublé de tendances compulsives obsessionnelles monomaniaques, sa nouvelle passion peut prendre des proportions à vous rendre chèvre. Conscient des limites de son propre talent, voilà donc votre Petit Prince des temps modernes vous assommant dès le petit matin de son tableau magique « dessine-moi une voiture de course… allez maman… juste une, s’il te plaît ». Vous résistez mais sa litanie incessante finit par vous faire fléchir. Vous croyez le combler d’aise en ajoutant perspective et détails criants de vérité, mais tout ce qui l’intéresse c’est que le résultat corresponde aux codes de son imaginaire inspiré par Hollywood. Même si vous avez produit un pur chef-d’œuvre, il suffit que l’aileron réglementaire soit absent ou que la forme du châssis ne soit pas conforme pour que fiston efface votre œuvre d’un geste vengeur, radical, définitif. Et sa litanie reprend de plus belle… En un rien de temps, la seule évocation du tableau magique suffira à générer une poussée d’urticaire et vous pourriez être tentée de contribuer à la disparition mystérieuse du bien aimé joujou. Mais pour éviter un procès en haute trahison, le plus sûr reste de prendre son mal en patience, d’attendre que sa passion s’épuise et se reporte sur un joujou plus inoffensif.

P--te----sel.jpgHélas, vous pourriez tomber sur pire encore et le voir exhumer ce cadeau à l’odeur de souffre dont vous sentiez d’instinct qu’il allait vous faire suer, que vous alliez en baver, comme cette boîte de « Pâte à sel » planquée sur l’armoire dans l'espoir de faire diversion. Immanquablement vient cependant le jour où fiston en fait l’exigence assortie d’une irrépressible envie d’y jouer, là, maintenant, tout de suite : « On fait la pâte à sel de tout la haut… allez, s’il te plaît ». Vous gagnez du temps à renfort de « pas maintenant », « plus tard », « demain », « si t’es sage », « la prochaine fois, promis », mais il ne lâche pas le morceau. Il se réveille et se couche avec le mot « pâte à sel » à la bouche et vous finissez par être acculée. Vous vous lancez donc enfin, puisque «  la supervision d’un adulte est nécessaire », façon pudique pour le fabriquant de dire que c’est à vous de vous y coller… et, en la matière, ça va coller ! N’ayant aucune précision quant à la quantité d’eau à mélanger au produit, vous avancez au pifomètre et vous retrouvez les mains engluées dans la pâte. Plus vous essayez d’obtenir une boule compacte, plus la pâte résiste, s’accroche et s’agglutine par petits bouts un peu partout… Vos pitoyables essais vous rappellent ce jour où vous tentâtes l’épilation maison à la cire et que vous retrouvâtes des résidus de cire incrustés au sol, aux murs, aux robinets… alors que vos poils, eux, étaient toujours bien accrochés. Bref, éructant, jurant et donnant un bien vil exemple à votre fils, vous réussissez quand même à produire quelques personnages informes. Vous les passez au four - dont ils ressortent cramés - et les peinturlurez par acquis de conscience, histoire de mettre un terme à votre calvaire tout en sauvant l’honneur. D’aucuns vous feront l’aumône de trouver un charme rustique à vos œuvres qui, bien que navrantes, deviennent des trophées pour fiston, dont la contribution s’est pourtant limitée à deux ou trois coups de pinceau. Et si l’éradication discrète des restes de la boîte de pâte à sel relève du possible, la perspective de pénibles représailles en pleurs et jérémiades vous freinera dans votre irrépressible envie de basculer vos créations dans le vide-ordure.

Voici donc pourquoi quatre crottes carbonisées trônent depuis trois semaines sur la table de mon salon sans que je sache quoi en faire. Et si je trouve aujourd’hui le temps et l’énergie d’interrompre ma trêve blogistique induite par un nourrisson envahissant, c’est que j’en ai assez de les voir me narguer ainsi. J’en appelle donc à votre expérience, à vos astuces, à vos conseils… d’autant plus que j’aurais probablement besoin, dans les années à venir, d’autres idées pour recycler les poteries, colliers de nouille, sous-plats pince à linge et autres cadeaux empoisonnés confectionnés cette fois-ci des mains mêmes de mon fils. Comment ça, je suis une mauvaise mère ?

Publié dans L'Echappée belle

Commenter cet article

fab 06/10/2007 12:11

sympa votre blog!:-) fab

misslittlewarrior 04/10/2007 14:15

sinon les garages sont souvent des endroits moches et sinistres....les cadeaux des zenfants embellissent a merveille l'endroit et repose les yeux agressés....

Juliette 02/10/2007 13:54

Merci les filles, vous m'avez donné plein d'idées (merci aussi aux garçons qui m'ont fait réaliser que j'ai peut-être échappé au pire : djumbé, batterie et autres joyeusetés) dont certaines sont déjà en cours d'application : une copine bricoleuse et amatrice de scrap va me fabriquer une belle boîte de rangement pour ces trésors que je ne sais pas estimer (je remarque au passage que certaines mères sont encore moins indulgentes que moi) et va transformer les motifs de pâte à sel en porte-manteau... que j'offrirai à ma belle soeur, auteur du cadeau initial, histoire de lui faire goûter l'effet boomerang, gnac, gnac, gnac...L'anniversaire des 4 ans de fiston et sa ribanbelle de cadeaux étant entre temps passé par là, je suis en mesure de mettre à jour la liste des cadeaux empoisonnés en ajoutant les robots transformeurs (la dernière obsession de mon fils, devenu mon cauchemard) dont la transformation éclair promise me fait doucement rigoler puisqu'elle prend dans les 2 heures, requiérant toute l'expertise de papa. J'ai aussi découvert les assemblage minutieux Technics de Légo, soit des milliers de pièces minuscules dont le subtil assemblage nécessite au minimum un Bac+5 et une après-midi de patience ! Dans ces moments là j'oublie que je suis une femme libérée et je n'hésite pas à brandir l'excuse "boulot de mec"...

Clara.be 27/09/2007 10:51

une idée de recyclage en passant: ces figurines feraient à mon avis d'excellents cadeaux de noel "homemade" pour les grand-parents non ? à eux ensuite de chercher une solution pour les ranger (sur la cheminée du salon  ?)ça ne va pas s'arranger avec les bricolages de l'école mais au moins là tu n'es pas obligée de participer !!

Jennyale 25/09/2007 19:29

J'en ai eu quelques uns aussi de ces cadeaux fait par dessus la jambe par un artiste en herbe prétentieux qui croit que son oeuvre va lui survivre... bon alors moi je joue le jeu. Je mets tout dans une boîte à chaussures, d'abord en vue puis que je fais disparaître au fil des semaines. Mais surtout je prends des photos. Comme ça je me protége: dans quelques mois voire même plus (ils ont la mémoire longue quand il s'agit de leurs trophées) s'il me demande, je lui ressors ses précieux ridicules... sinon, dans quelques années, quand j'aurais sournoisement mais sûrement éradiqué les fameuses boîtes il me restera les jolies photos à lui montrer. Je m'imagine déjà offrir un album de ses meilleurs dessins et meilleures sculptures à sa dulcinée...Cependant, je ne doute pas qu'un jour il me fabrique un truc qui m'emballe tellement que je l'exposerai au vue et au sus de tous! Ou que je garderai envers et contre tous les déménagements possibles dans une boîte à chaussures... mais pour le moment, je préfère les photos!