Allez, au boulot les feignasses !
Il paraît que ça y est, la loi est passée cet été, en douce, pendant qu’on avait le dos tourné : les 35 heures et les RTT qui vont avec, c’est fini ! Je n’ai jamais beaucoup cru à ces mesures pour générer des emplois, par contre, je suis persuadée qu’elles changeaient la vie de mes concitoyennes travailleuses, en particulier les fidèles de ce blog qui essayent vaillamment de concilier famille, carrière, amour, gloire et beauté. Les RTT, c’était le moyen légal et personnalisé de voler du temps au temps, du temps rien qu’à soi, pour sortir du troupeau, pour prendre le métro-boulot-dodo à contre-sens. Les RTT c’était l’occasion où jamais de s’offrir un forfait beauté, d’aller voir une amie qui habite un peu loin, de faire du shopping hors de la cohue des fins de semaine… Les RTT, ça permettait de pousser les murs du week-end, de dépasser les limites mesquines des heures de pointes, d’avoir un sas de décompression entre la vie professionnel et l’univers domestique, de se ressourcer et de recharger les batteries pour être à nouveau en mesure de donner 100% de ce que patron, clients, mari et enfants attendent de nous. Comment on va faire maintenant pour voler un peu de temps à soi alors qu’on doit déjà jongler avec deux boulots minimum, celui de la sphère publique (cadre dynamique) et celui de la sphère privée (épouse et mère irréprochable) ?
Parce qu’il faut bien se dire que, pour nous autres, le boulot et le stress qui va avec, ça ne s’arrête jamais. Vous en connaissez beaucoup, vous, des femmes qui rentrent à la maison, tombent la veste, se vautrent dans le canapé et se vident la tête devant… (devant quoi au juste ? Y’a plus rien à la télé, maintenant qu’on nous a privé de Ruquier, de Samantha, de Chouchou et Loulou…) ? Une étude a d’ailleurs démontré que la maison continue à être perçue comme un lieu de détente par le papa, qui voit sa tension artérielle chuter dès qu’il en franchit le seuil, alors que les mères vivent constamment sous haute tension dès l’arrivée du premier bébé. On croyait que les mentalités avaient évolué, moi-même qui prend depuis 15 ans des RTT sans les nommer et sur mon compte, je n’avais plus besoin de cacher mes activités hors business, elles ne remettaient plus en cause mon implication, voilà qu'elles étaient perçues comme source de richesse par mes clients ou employeurs. On n’a fait que reculer pour mieux sauter. Certes, je ne suis qu’à moitié concernée par cette reculade puisque je vends sur le marché du travail une expertise suffisamment unique et convoitée pour être en mesure de négocier un temps partiel, sans que le manque à gagner côté salaire ne mette en péril mon niveau de vie, mais combien ont ce privilège ?
Je vois les jeunes mères autour de moi, une à une, retourner dans le rang, renoncer à leur vendredi, à leur mercredi, à leur temps partiel, à leurs horaires flexibles, parce que le devoir les appelle, où qu’elles ont besoin des sous, où que leur boulot l’exige… elles viennent grossir le troupeau de celles qui n’ont plus le temps de rien, qui courent tout le temps, un œil sur la montre, l’autre sur les horaires de RER et le troisième sur le planning de la nounou.. A l’heure où l’entreprise comprend enfin qu’elle n’est rien sans ses ressources humaines, qu’un employé satisfait, détendu, heureux dans sa vie et valorisé contribue directement à la performance de sa boîte, n’est-ce pas un retour en arrière désespérant ? On se plaint du plafond de verre, de la discrimination en terme de salaire ou de perspectives, mais tout ceci n’est qu’un écran de fumée qui cache le véritable problème : pour mener de front famille et carrière, une femme doit nécessairement sacrifier sa vie à elle, dernière roue d’un carrosse qui n’avancerait pourtant pas sans elle. Sûr que ce n’est pas à nous que le législateur a pensé en créant les RTT, mais il nous a tendu une perche, et nous nous sommes jetées dessus… On nous a laissé espérer, respirer un peu… et voilà qu’on nous enfonce à nouveau la tête sous l’eau. Une fois de plus, la société recule et c’est la femme qui trinque !